Ethno-cétologue, réalisateur, photographe et écrivain j’étudie principalement les relations entre les communautés traditionnelles et les mammifères aquatiques.Cette passion est née en 1971 lorsque j’ai découvert et révélé cette extraordinaire symbiose entre les dauphins et les pêcheurs Imragen de Mauritanie. (les Imragen ou les hommes qui cueillent la vie – Flammarion 1986) En 1977 j’ai sillonné durant un an l’Indus, le Gange et le Brahmapoutre à la recherche des dauphins Platanistes et des populations riveraines. (Ballade pour un dauphin sacré – Arthaud 1988). Ces mammifères aquatiques m’ont ensuite entraîné vers de nombreuses destinations comme le Brésil où j’étudie depuis 1992 une autre symbiose homme / dauphins (les dauphins cueilleurs de vie – France 5), tout aussi complexe et passionnante que celle des Imragen.


C’est dans cet esprit d’explorer et de comprendre avec objectivité que j’ai entrepris en 1987 une mission de recherche de trois mois aux îles Féroé pour étudier et filmer la chasse aux globicéphales.A peine le pied posé dans l’archipel j’ai vite compris la complexité et le danger d’un tel projet. La chasse aux globicéphales est un sujet tabou qui fait taire les opposants et utilise des codes secrets pour communiquer et empêcher tout témoignage à charge.


J’ai organisé discrètement un réseau local de sympathisants et d’informateurs sur l’île de Sudoroy, la seule qui n’avait pas encore, durant l’été, tué des cétacés. Je voulais être prévenu de l’apparition en mer d’un groupe de globicéphales pour accompagner les chasseurs durant le rabattage vers la côte. Des semaines de patience m’ont enfin permis d’accomplir l’impossible, mais j’ai failli le payer de ma vie et ce que j’ai vu et filmé est loin d’être une chasse justifiée par la tradition. Les Féringiens le savent.
Des chasseurs furieux de ma présence ont éperonné et coulé mon bateau féringien. J’ai pu récupérer in extremis un canot pneumatique qu’ils ont voulu crever avec leurs énormes crochets de chasse. Les quatre pneus de mon véhicule ont été crevés pour m’empêcher de fuir. La police m’a poursuivi plusieurs jours dans l’archipel. Je devais changer fréquemment de « planque ». Mais ils ont fini par me débusquer, me jeter en prison et saisir tout mon matériel. Grâce à l’intervention de Catherine, ma femme, auprès des Autorités du Danemark, j’ai pu bénéficier d’une captivité en résidence surveillée et après  négociations, obtenir ma remise en liberté et la restitution de mon équipement.

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«Les Iles féroces», le film diffusé sur Ushuaia (TF1) en 1988, puis dans de nombreux médias nationaux et internationaux a provoqué une telle réaction du public que nous avons créé l’association « Globi » pour tenter de faire cesser cette tuerie. Des émissions et débats télévisés ont été organisés (« duel sur la cinq »), une pétition forte de plusieurs milliers de signatures et de dessins d’enfants ont été remis aux Autorités danoises, un premier procès à l’UAN en 1991, a condamné les îles Féroé. « Globi » est devenue « Homme Nature », pour élargir nos champs d’investigations sur les peuples autochtones et leurs relations avec la Nature, heureusement souvent harmonieuses. FXP

 

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26 plus tard, les globicéphales sont toujours massacrés dans l’archipel « européen » des Féroé, mais nous n’avons jamais renoncé.